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Tableau de bord de l'action climatique

Un terreau favorable, malgré les tensions

  • 82 % des Québécois·es croient qu’il faut limiter rapidement et drastiquement les émissions de GES dans tous les secteurs.

  • 76 % croient que le Québec, à travers tous ses acteurs, a la capacité d’agir efficacement contre les changements climatiques.

  • 67 % croient que les municipalités et les MRC devraient en faire davantage (Baromètre de l’action climatique, édition 2024)

L’appui à l’action climatique est donc largement présent. Pourtant, cet appui général ne se traduit pas automatiquement par un soutien à toutes les mesures proposées.

Les travaux du laboratoire, croisés à une veille médiatique de cas québécois, montrent que certaines mesures climatiques peuvent susciter des préoccupations, de la résistance ou de l’opposition, sans que cela traduise nécessairement un refus d’agir face aux changements climatiques. Le Baromètre de l’action climatique montre au contraire qu’une forte majorité de la population québécoise souhaite davantage d’action. Une fois les mesures rendues concrètes, les gens les évaluent toutefois aussi en fonction de la manière dont elles changent leur quotidien : sont-elles utiles, équitables et compréhensibles? Les tensions peuvent donc porter moins sur la nécessité d’agir que sur la manière dont les mesures sont conçues, expliquées et mises en œuvre.

Pourquoi c’est important ?

L’appui général à l’action climatique ne permet pas de prédire l’accueil réservé à une mesure particulière. Une mesure peut susciter des réserves ou de l’opposition lorsqu’elle semble mal adaptée au territoire, injuste, trop coûteuse ou difficile à intégrer dans le quotidien. À l’inverse, les oppositions les plus visibles dans l’espace public ne représentent pas nécessairement l’ensemble des perceptions du milieu.

Le défi n’est donc plus seulement d’identifier des solutions climatiques efficaces, mais de comprendre les conditions qui permettront de les intégrer dans les milieux, avec leurs contraintes, leurs priorités et leurs perceptions.

Ce que le laboratoire nous apprend

  1. Les mesures sont évaluées à partir de leurs effets concrets

    Les préoccupations face à une mesure ne sont pas forcément liées à une opposition généralisée envers l’action climatique, mais à la manière dont la mesure est perçue dans le quotidien et à la confiance qu’elle produira réellement les effets attendus. Elles portent notamment sur les coûts financiers, les changements aux habitudes de vie, les impacts sur l’accessibilité, sur l’économie locale ou sur l’identité du milieu. Elles augmentent aussi lorsque la mesure est perçue comme injuste, soit parce que ses coûts, ses contraintes ou ses bénéfices semblent inégalement répartis entre les groupes concernés, soit parce qu’elle ne répond pas suffisamment aux besoins des populations déjà plus exposées ou vulnérables face aux changements climatiques.

  2. Le soutien dépend surtout de trois repères

    Le laboratoire montre que le soutien à une mesure repose moins sur les seules connaissances scientifiques ou sur l’inquiétude climatique que sur la perception qu’elle est utile, équitable et compréhensible.

  3. Trois paradoxes qui freinent l’action climatique

    1. L’urgence climatique est largement reconnue, mais les enjeux climatiques demeurent secondaires dans les décisions électorales, ce qui limite souvent l’audace des politiques de transition.

    2. Les gens perçoivent la menace climatique, mais la sentent souvent lointaine ou abstraite, alors même que 2 personnes sur 3 déclarent avoir personnellement vécu des impacts liés aux changements climatiques (Baromètre de l’action climatique : Édition 2024. Université Laval. futur-simple.ca).

    3. Il faut parler de climat pour légitimer l’action, mais les discours mobilisant l’urgence ou l’écoanxiété atteignent leurs limites. Les récits ancrés dans le quotidien — notamment la santé, la qualité de vie, l’économie locale et la sécurité — peuvent être plus mobilisateurs.

  4. L’acceptabilité sociale est un processus, pas un verdict instantané

    L'acceptabilité sociale n'est ni une réponse tranchée ni statique. Elle se construit dans le temps, à travers l'information, le dialogue social, la participation publique et la capacité d'ajustement. Ce processus contribue à bâtir la légitimité des mesures climatiques et leur capacité à durer dans le temps.

À retenir pour l'action

L’appui à l’action climatique ne garantit pas l’adhésion à chacune des mesures proposées. Des préoccupations, des réserves ou de l’opposition peuvent émerger lorsque leurs effets deviennent concrets, sans pour autant traduire un rejet de l’action climatique elle-même. À l’inverse, l’opposition la plus visible ne représente pas nécessairement l’ensemble des perceptions d’un milieu.

Les mesures climatiques sont évaluées à partir de ce qu’elles changent concrètement dans la vie des gens, dans leur milieu et dans leur sentiment de justice.